De format ovale et exécutés dans un marbre blanc de belle qualité, ces deux reliefs se distinguent par la remarquable saillie des visages, presque détachés de leur fond, et par l’opposition entre le poli délicat des carnations et le traitement profondément creusé et animé des chevelures. La figure féminine présente une abondante coiffure dans laquelle semblent se mêler des éléments végétaux et, notamment, des formes pouvant être interprétées comme des grappes de raisin. Cette particularité invite à la rapprocher d’une personnification de l’Automne, hypothèse renforcée par le vocabulaire iconographique des programmes décoratifs italiens de la seconde moitié du XVIIe siècle. Le jeune homme, au visage juvénile et idéalisé, est caractérisé par de longues mèches ondulantes, semblant animées par le mouvement. Il se détache d’un champ parcouru de stries rayonnantes, évoquant une diffusion solaire et pouvant être interprétées comme une évocation de la chaleur et de la lumière propres à la saison estivale. En l’absence d’un attribut figuratif plus explicite, cette conception permet de proposer une lecture allégorique de l’Été : la jeunesse et la beauté de la figure, associées au rayonnement qui l’entoure, participent ici à une personnification de la saison dans sa dimension solaire et lumineuse.


La conception des deux reliefs suggère qu’ils n’étaient probablement pas destinés à former un simple pendant. Les figures regardent dans une même direction plutôt que de se faire face, ce qui pourrait indiquer leur appartenance à une suite décorative plus importante, destinée à être disposée dans une architecture selon une séquence déterminée. Leur identification comme personnifications des saisons renforce cette hypothèse. L’examen des revers apporte ici un indice matériel particulièrement significatif : le médaillon identifié comme l’Été porte au revers le chiffre 2, tandis que celui identifié comme l’Automne porte le chiffre 3. Cette numérotation, correspondant précisément à la place respective de ces deux saisons dans la succession traditionnelle des Quatre Saisons, constitue un argument particulièrement fort en faveur de leur appartenance à une série de quatre reliefs allégoriques, comprenant le Printemps, l’Été, l’Automne et l’Hiver. Les deux oeuvres conservées apparaissent ainsi comme les deuxième et troisième éléments d’un ensemble aujourd’hui incomplet. La différence observée dans le traitement des revers — l’un présentant une structure stratifiée, l’autre non — demeure par ailleurs compatible avec des éléments conçus pour être fixés individuellement dans un décor architectural, plutôt qu’avec deux oeuvres nécessairement exécutées comme une paire autonome. 


Cette hypothèse trouve un écho particulièrement intéressant dans la production du milieu vénitien autour de Giusto Le Court. Le sculpteur et son entourage sont documentés dans plusieurs programmes allégoriques associant les Quatre Saisons, les divinités antiques et des attributs végétaux. Un ensemble de douze bustes en marbre blanc attribué à l’entourage de Le Court était ainsi destiné à l’escalier d’un grand palais vénitien ; composé de figures dont les coiffures associent fruits et fleurs de saison aux attributs des divinités du panthéon romain. Ce précédent constitue un parallèle particulièrement significatif pour les présents médaillons, tant par leur conception allégorique que par l’importance accordée au traitement des chevelures et des attributs végétaux.


Ces deux reliefs s’inscrivent pleinement dans le contexte de la sculpture baroque de la seconde moitié du XVIIe siècle, période marquée par la recherche du mouvement, de l’expressivité et d’un rapport renouvelé entre la sculpture et l’espace architectural. Hérité de la grande tradition italienne de Gian Lorenzo Bernini, ce langage se développe à Rome puis dans les principaux centres artistiques italiens, notamment à Gênes et à Venise, où des sculpteurs tels que Filippo Parodi portent le marbre vers une virtuosité particulièrement spectaculaire. Chez Parodi comme dans les présents marbres, les visages semblent émerger avec force du fond, tandis que les chevelures, traitées en mèches profondes et ondoyantes, donnent aux figures une impression de mouvement continu. Cette conception du relief, située entre le médaillon et la véritable sculpture en ronde-bosse, constitue l’un des traits les plus séduisants du langage baroque et rapproche stylistiquement les présents reliefs de cette tradition sculpturale.


À l’époque baroque, les Saisons constituent un thème particulièrement prisé dans la décoration des palais, villas et demeures aristocratiques. Elles permettent d’évoquer de manière élégante le cycle de la nature et du temps, mais aussi l’abondance, la fécondité, les plaisirs et le renouvellement de la vie. Souvent associées aux dieux et aux figures mythologiques, elles s’intègrent naturellement dans des programmes décoratifs destinés à célébrer le bon ordre du monde, la prospérité et le prestige du propriétaire. Leur caractère immédiatement reconnaissable en faisait également un sujet idéal pour les cycles sculptés, les galeries et les escaliers monumentaux, où plusieurs figures pouvaient se répondre tout en formant un ensemble décoratif cohérent.


Le sculpteur emploie également la technique du trépan, sorte de foret actionné à la main au moyen d’un archet. Cet outil est employé depuis l’Antiquité afin d’atteindre des renfoncements, dégager des parties difficiles d’accès et dégrossir des gorges de faible diamètre en formant des cavités cylindriques. Lent mais précis, le trépan est destiné aux endroits très fragiles et à des matériaux durs comme le bois, la pierre et le marbre. La technique du trépan permet d’apporter mouvement et profondeur à l’ensemble.


Le traitement des visages, la forte projection du relief, la liberté du travail des cheveux et le contraste entre les surfaces polies et les parties profondément excavées témoignent d’une conception pleinement baroque, caractéristique de la sculpture italienne de la seconde moitié du XVIIe siècle. La qualité plastique des deux figures et leur conception comme éléments d’un programme décoratif plus vaste invitent ainsi à les considérer non comme deux portraits isolés, mais comme les fragments conservés d’un ensemble allégorique aujourd’hui dispersé. Le jeune homme, en particulier, se distingue par son expression presque extatique et son regard dirigé vers le ciel, accentués par la torsion subtile du visage et l’élan de la chevelure. Cette attitude évoque le goût baroque pour les figures saisies dans un état de tension ou d’abandon émotionnel, et peut également être rapprochée de l’adaptation, en très haut-relief, du type antique du buste d’Alexandre mourant : même intensité du regard, même idéalisation juvénile des traits et même volonté de faire surgir la tête du champ avec une présence presque autonome. Cette conception trouve notamment un rapprochement particulièrement intéressant avec deux reliefs en marbre conservés à l’Art Institute of Chicago, eux aussi conçus comme des têtes fortement saillantes, presque détachées de leur champ, dont le modelé des visages, l’expressivité et le traitement des chevelures présentent de sensibles affinités avec les présents marbres.


La présence de grappes et de feuilles de vigne dans la chevelure de la figure féminine constitue un indice iconographique particulièrement intéressant en faveur d’une personnification de l’Automne, sous les traits d’une figure bachique ou d’une Bacchante. Le jeune homme, quant à lui, ne porte aucun attribut figuratif précis, mais se détache d’un champ parcouru de stries rayonnantes, évoquant une diffusion solaire et pouvant être interprétées comme une évocation de la chaleur et de la lumière estivales. Sa beauté juvénile, associée à ce rayonnement qui l’entoure, permet ainsi de proposer une lecture comme personnification de l’Été. L’un comme l’autre semblent porter leur regard au-delà du cadre du médaillon, dans une même direction : cette orientation commune crée entre les deux figures un dialogue subtil et confère à l’ensemble une véritable unité visuelle. Le contraste entre la douceur idéalisée des visages et la puissance du travail des chevelures, sculptées en profondeur et animées d’un mouvement presque aérien, renforce encore leur présence. Réunis, ces deux visages semblent ainsi appartenir à un même cycle, portant ensemble leur regard vers un horizon commun, comme emportés par le temps qui passe et le perpétuel renouvellement des saisons. 

Paire de médaillons en marbre – Nord de l’Italie – XVIIe siècle 

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