Ce majestueux buste en marbre représente un homme d’âge mûr, vu de face avec la tête légèrement tournée vers la droite. L’homme porte une fraise autour du cou, une armure et un grand col de fourrure qui descend jusqu’en bas du buste. Le visage est grave, sérieux et solennel. L’homme arbore une petite moustache légèrement relevée, une barbichette et porte sur le haut du crâne un petit bonnet. Les différents éléments de ce buste nous laissent à croire qu’il s’agit de la représentation d’un homme important, d’origine noble, à la carrière militaire longue et particulièrement dévot. Après l’étude de plusieurs portraits nous pouvons avancer le nom de Guillaume d’Orange.
Guillaume de Nassau d’Orange (Willem van Oranje en Néerlandais) était un noble aux multiples talents : d’abord loyal serviteur de la couronne d’Espagne, il se rebelle contre celle-ci pour devenir un « père de la nation », un des fondateurs du nouvel état hollandais, dont il n’avait pourtant jamais envisagé la création.
Né en 1533 au château de Dillenburg en Allemagne de parents luthériens, Guillaume hérite en 1544 de la principauté d’Orange. Mais pour valider cet héritage Charles Quint (roi d’Espagne et Empereur du Saint-Empire romain Germanique depuis 1519) exige que le jeune prince soit éduqué dans la foi catholique à la cour royale de Bruxelles. C’est dans cet environnement que le jeune Guillaume apprend le français, l’espagnol, l’italien, le néerlandais (qu’il ne parlera jamais couramment), la rhétorique et la diplomatie. Devenu rapidement un des nobles les plus influent des Pays-Bas, il obtient à partir de 1555 des fonctions importantes : il est commandant en chef des armées, membres du Conseil d’Etat, chevalier de l’Ordre de la Toison d’or et stathouder de Hollande, Zélande et d’Utrecht. Mais sa relation avec Philippe II, successeur de Charles Quint sur le trône d’Espagne, se dégrade rapidement. Devenu porte-parole de l’opposition nobiliaire, le prince d’Orange plaide pour une modération dans la lutte contre l’hérésie protestante, une liberté de culte pour les sujets des Dix-Sept Provinces, il s’oppose aux nouveaux fonctionnaires de l’administration qui ont acquis des positions au détriment des nobles et s’oppose au nouvel impôt imposé par l’Espagne qui veut profiter du riche commerce hollandais pour financer d’incessantes guerres.
En 1566 un nouveau gouverneur est envoyé d’Espagne : le duc d’Albe. Avec la mise à mort des comtes d’Egmont et de Hornes (catholiques et chevaliers de la Toison d’or ayant ouvertement critiqué la politique royale) ; la répression espagnole s’intensifie. Identifié comme un autre chef de la rébellion des « gueux », Guillaume d’Orange doit fuir en Allemagne où il se convertit au calvinisme et monte une armée. À partir de 1568, il lance plusieurs campagnes militaires aux Pays-Bas pour mettre un terme au pouvoir du duc d’Albe et mettre en place un gouvernement « local ». Cette lutte politique et religieuse se mène également à travers des estampes, des pamphlets et des chansons, notamment le Wilhelmus (hymne national hollandais actuel) qui est né pendant cette lutte et s’inspire de la vie de Guillaume.
Aujourd’hui encore les historiens sont d’accord pour admettre que c’est grâce à la persévérance, et la ténacité de Guillaume d’Orange que les rebelles ont tenu bon en Hollande et en Zélande. En 1576, la paix est même instaurée avec les provinces restées fidèles à la couronne espagnole avec la Paix de Gand. L’idéal de Guillaume est proche : le rétablissement et l’unification des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas gouvernées par la noblesse locale, une tolérance religieuse et une liberté de culte. Mais cette unité nouvelle n’a pas tenu longtemps.
En 1580, fait rarissime dans la diplomatie européenne, Philippe II émet contre Guillaume un édit de proscription, l’accuse de trahison, d’ingratitude, d’hérésie, le déclare « ennemi de la race humaine » et met sa tête à prix. Le prince d’Orange répond en publiant son Apologie : un document dans lequel il repousse les accusations du roi, justifie ses choix politiques et personnels et défend son droit de se rebeller contre la tyrannie et l’absolutisme espagnol. Il présente son ouvrage en 1581 devant l’assemblée des Etats généraux des Pays-Bas à Delft et celui-ci sera traduit puis diffusé dans les cours européennes. Révoltés par la condamnation du stathouder, les Etats généraux rédigent l’Acte de La Haye. Ces deux écrits ont une place majeure dans l’Histoire des Pays-Bas : ils légitiment la révolte et proclament la déchéance du roi d’Espagne, devenu indigne de gouverner les Dix-Sept Provinces.
Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, Guillaume d’Orange est abattu le 10 juillet 1584 par Balthazar Gérard, un catholique se faisant passer pour un huguenot français. Attristé et déçu jusqu’à sa fin de ne pas avoir libéré toutes les provinces hollandaises de la domination espagnole (notamment la Belgique actuelle), Guillaume reste un personnage central de cette rébellion. Moins de 25 ans après sa mort, les provinces révoltées se transforment en une République, déjà consciente et reconnaissante envers ce héros, fondateur de la nation.
Le prince voulait être enterré à Breda auprès de sa première épouse et de ses ancêtres, mais la ville étant encore occupée par les Espagnols, Guillaume est enterré à Delft dans une tombe simple et sobre. Ce n’est qu’en 1614, pendant la trêve de Douze ans qu’un véritable monument funéraire est construit par le célèbre sculpteur et architecte hollandais Hendrick de Keyser. Composé d’un gisant en marbre de Guillaume d’Orange et d’une statue en bronze du prince en chef de l’armée ; ce majestueux tombeau devient dès lors la référence dans la représentation sculpturale du Taciturne. Les municipalités, les nobles et les membres de la famille royale de Hollande ont régulièrement rendu hommage à ce héros national, à travers des commandes de sculptures de Guillaume, souvent inspirés de son tombeau. Nous pouvons citer en exemple Willem III qui, en 1683, commande une série de 6 bustes en marbre représentant ses ancêtres dont le prince d’Orange. Ce dernier est aujourd’hui dans les Collections Royales et visible au Palais de Soestdijk.
Représentation idéalisée d’un héros de la nation, ce buste dégage une aura de noblesse. L’état de conservation nous laisse admirer la finesse du marbre et des détails de ce portrait sculpté, très certainement commandé pour rendre hommage au prince d’Orange.

Buste en marbre représentant Guillaume Ier de Nassau d’Orange – Hollande – 17e siècle

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