Cette très belle tête en pierre faisait partie d’une sculpture qui devait se trouver dans une église. Elle représente une femme, sans doute issue de la famille royale ou de la noblesse, comme le suggère son importante couronne.
Le sculpteur de cette oeuvre a choisi de travailler de la pierre calcaire, pierre très tendre et dont l’usage est répandu en France au XIVe siècle. Cette tête est en très bon état de conservation, le visage n’est pas accidenté et ne présente aucune trace de restauration, comme le prouve le pigment rouge présent dans la commissure des lèvres de la figure. Cette sculpture présente plusieurs traces de la polychromie d’origine. Elle était également dorée, au niveau de la couronne.
Cette couronne est très intéressante car elle nous permet d’identifier la figure. D’une envergure certaine, elle orne délicatement les cheveux ondulés et lâchés qui tombent le long de cette tête. Elle est incrustée de perles ainsi que de pierres précieuses taillées en cabochon et en facette. Au centre de celle-ci, un gros cabochon vient surplomber la tête. Cette couronne nous rappelle celle portée par Jeanne II d’Auvergne dite Jeanne de Boulogne présente sur la cheminée du palais du duc de Berry à Poitiers. Plusieurs moulures de cet ouvrage ont été réalisés : un premier est conservé au musée du Louvre et un deuxième à la cité de l’architecture et du patrimoine à Paris.
Jeanne II d’Auvergne (1378-1424) était comtesse d’Auvergne et de Boulogne par succession paternelle. Fille de Jean II comte d’Auvergne dit le Mauvais Ménager, elle se fait extorquer son héritage par le duc de Berry. Lorsque l’affaire arrive aux oreilles du roi Charles V, frère de Jean de Berry, il cherche à trouver une solution afin que la jeune fille retrouve ses domaines d’Auvergne et de Bourgogne. Jeanne est alors contrainte d’épouser le duc et devient, à ce titre, duchesse de Berry et d’Auvergne. Le 23 janvier 1393, elle participe au Bal des Ardents, cérémonie célèbre dans l’histoire du fait de l’incendie déclenché par le frère du roi Charles VI, Louis d’Orléans, qui transforme les invités en torche humaine. Quatre membres de la noblesse périssent dans l’incendie. Suite à la mort de son mari en 1416, elle se remarie avec Georges de la Trémoille et devient comtesse de Guînes. A la fin de sa vie, Jeanne de Boulogne est ruinée, Jean sans Peur duc de Bourgogne s’étant emparé des terres de son mari. Elle est ensuite dépouillée de l’ensemble de ses terres en Languedoc car Jeanne est accusée de taper de la fausse-monnaie. Elle meurt en 1424 et est inhumée dans la cathédrale de Bourges au côté de son premier mari, Jean de Berry.
Au temps de Jeanne de Boulogne et des règnes de Charles V et Charles VI, l’art des tombiers prend une importance considérable, si bien que les plus grands sculpteurs de l’époque sont appelés « faiseurs de tombes » . Non pas uniquement dédiés à recevoir le corps d’illustres défunts, ces tombeaux étaient aussi destinés à commémorer les personnalités qu’ils recueillaient. Les sculptures possédaient des caractères communs que l’on retrouve dans notre sculpture : les visages sont calmes et arborent un léger sourire.
Les sculptures funéraires féminines étaient plus charmantes que celles des hommes, comme le Portrait de Jeanne de Bourbon de 1370, provenant de l’Hospice des Quinze-Vingt et exposé au musée du Louvre.
La plupart du temps, ces sculptures commémoratives étaient destinées à des gisants et donc à être allongées. Toutefois, les cheveux et les plis des vêtements étaient représentés comme si les personnages devaient être vus debout. Il est possible que notre sculpture ait été destinée à un gisant : l’arrière de sa tête présente quelques traces d’outils, preuve du travail du sculpteur sur cette partie,
néanmoins il n’a pas figuré de mèches de cheveux à cet endroit-là. Cet élément nous laisse penser qu’elle était peut-être allongée et donc qu’il s’agit d’un élément de gisant.
Il est aussi possible qu’il s’agisse d’une sculpture présente à l’entrée d’un édifice important. En effet, les portraits des bienfaiteurs étaient sculptés aux portails des églises et des chapelles. Dans tous les cas, ces statues de rois, princes ou comtes sont empreints d’un certain naturalisme et possèdent des caractéristiques similaires telles que des pommettes saillantes et un caractère sérieux.
Cette tendance au naturalisme caractéristique de cette production est moins frappante au milieu du XIVe siècle, avec des artistes comme Jean Pépin de Huy et des tombiers qui ont réalisé les statues de Philippe le Bel et ses fils. Cette production est intéressante à comparer avec notre sculpture car les artistes de cette époque préfèrent un modèle légèrement plus idéalisé : contrairement aux autres représentations de comtesses au XIVe siècle, Jeanne de Boulogne est ici figurée non plus avec un nez allongé mais un petit nez et une petite bouche. De plus, les personnages ne sont pas représentés avec un caractère vivant, ils sont au contraire plutôt austères avec une expression neutre, digne de leur titre.
Le sculpteur de notre oeuvre a donc voulu représenter Jeanne de Boulogne dans son noble rôle de comtesse. Elle porte dignement sa couronne qui rappelle l’importance de son titre et l’étendue de ses possessions. Avec ses traits idéalisés, cette oeuvre s’inscrit dans la production de sculpture française du milieu du XIVe siècle.

Tête de femme couronnée en pierre – France – XIVe siècle

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