Cette rare statue du XIVe siècle, représente un saint peu connu de l’histoire chrétienne : St Léonard, le saint patron des prisonniers. Elle provient de la collection privée de l’antiquaire Fernand Reppert qui exerçait à Nancy dans la première moitié du XXe siècle.

La vie de St Léonard est assez particulière. Il est né vers la fin du Ve siècle et son parrain est Clovis. Il restera près de la royauté et aura le privilège de gracier les prisonniers qu’il estimait assez repentis de leurs actes pour être libérés. Il ira par la suite fonder un ermitage grâce à ses nouvelles fonctions de diacre dans le Limousin au milieu de la forêt.

L’histoire raconte que lors d’un séjour du roi et de la reine d’Aquitaine, le saint a aidé par ses prières la reine, lors de sa couche difficile. En remerciement, le roi offrit à Léonard la portion de forêt que son âne délimiterait en 24h. A partir de ce jour, le saint accueillit des prisonniers libérés et fit le miracle de faire jaillir une source intarissable. Il construisit aussi une chapelle, nommé « Notre Dame de sous les arbres ». Il finira sa vie paisiblement et certains diront même que « mort, il opéra des merveilles ».

L’art roman est visible dans l’architecture des églises, principalement sur les tympans. Se développe ensuite des statues colonnes, qui part la suite, amène la statuaire à se détacher progressivement des murs. La forme générale de la statuaire en rond de bosse restera cependant assez rectiligne au début de l’art gothique comme nous pouvons le voir sur celle présentée à la galerie. Le visage des personnages va s’humaniser et se singulariser. C’est grâce à leurs visages ainsi qu’à leurs attributs que nous pouvons différencier les saintes figures entre elles.

Nous pouvons comparer notre oeuvre à celle visible à la collégiale Notre-Dame en Normandie. Cette statue en calcaire de près d’1m nous présente Saint François (le st patron des diacres) ou St Laurent (martyr du IIIe siècle qui aurait été brûlé vif sur une grille de métal). Elle date aussi du XIVe siècle et il reste des traces de polychromie. Les plis du vêtement tombent droit et s’arrête au-dessus du pied, comme il en était coutume à la fin du XIVe siècle en France. Nous pouvons voir sur sa main gauche un manipule, bande d’étoffe porté par les prêtres, diacres et sous-diacres à partir du IXe siècle, aussi appelé sudarium au Moyen-Âge.

Concernant notre oeuvre, faite en France, elle combine des éléments typiques de cette époque. Tout d’abord, elle a la taille des statues faites pour orner les églises ou les chapelles. Son visage est caractéristique de cette époque, il a des yeux en amande avec des pupilles noires qui ressortent légèrement, des sourcils marqués par la polychromie, un nez droit et aquilin et une petite bouche fermé couverte de polychromie rouge.

Étant donné qu’il fait partie du clergé, il est tonsuré et ses cheveux restants sont stylisé de manière verticale avec de très légères ondulations. Du côté droit, nous pouvons voir entre ses cheveux et son col, une trace de trépan, ce petit foret servait à atteindre des renfoncements difficiles d’accès afin de les dégager. Nous pouvons aussi remarquer quelques rides autour de ses lèvres, ainsi que des oreilles proéminentes, les visages étaient très figuratifs à l’époque. Au XIVe siècle, la vie étant difficile, les artistes se sont mis à représenter les émotions sur les visages des personnages pour que les fidèles ne se sentent pas seul à souffrir.

St Léonard était un diacre, du grec « diakonos » qui veut dire serviteur, il avait la charge de la distribution des aumônes. Il porte donc le vêtement des diacres typique au Moyen-Âge, c’est-à-dire une aube avec un col, une étole diaconale ainsi qu’une dalmatique sur le dessus. Cette dernière, présente une fente de chaque côtés et l’étole dépasse légèrement sur le devant, nous pouvons donc voir les franges dépasser. Les plis du vêtement tombent droits, et non en V comme il en était l’usage au XVe siècle.

Les attributs qui permettent d’affirmer qu’il s’agit bien de St Léonard sont tout d’abord les chaines qui tient dans sa main droite, elles sont d’une précision rare et très ajourée autant à l’intérieur des anneaux que le long de son manteau. Étant le saint patron des prisonniers, il en a libéré un certain nombre dans sa vie, c’est pour cela qu’il porte leurs chaines.

Dans son autre main, comme beaucoup de saints, il porte la Bible. La particularité, est, qu’elle n’est pas dans sa main mais posée sur le dessus de ses doigts et seulement retenu par son pouce. L’artiste a pris le temps de sculpter différentes pages sur le dessus pour rendre l’objet plus réaliste. Le livre, a sur sa couverture principale un fermoir en forme de fleur de lys qui permet de le fermer. Symbole de l’importance de s’en remettre à la Providence divine dans la douleur ; dans le Cantique des Cantiques il est question d’une fleur qui pousse entre les ronces « Un lys parmi des ronces » 2:1 et qui pourtant ne se soucie pas de ce qui l’entoure pour croître.

Ses pieds sont pointus, comme il était coutume de les représenter au XIVe siècle, son pied droit dépasse légèrement de la base de la sculpture.

La polychromie est d’origine et nous pouvons voir des restes à différents endroits et ce, principalement sur le visage du saint. De nombreuses traces d’outils sont aussi visible sur toute la statue, que cela soit sur sa tête, son vêtement ou l’arrière de celle-ci. Une ancienne étiquette de collection, sûrement collé par Mr Reppert est restée dans son dos. Sur laquelle est mentionné « St Léonard, Normandie, XIIIe siècle ». Or, après un examen plus approfondi, nous pouvons attester que cette oeuvre date plutôt du XIVe siècle.

Enfin la sculpture peut sembler apparaitre comme simpliste au premier coup d’oeil, pourtant de nombreux détails se dévoilent aux yeux du spectateur, l’artiste a tenu à rendre son oeuvre la plus réaliste possible tout en conservant un aspect le plus épuré possible, véritable tradition du début du mouvement gothique d’aller à l’essentiel et d’impressionner celui qui la contemple. L’âge gothique, fera la jonction dans le statuaire entre les exigences du cadre architectural et le modèle naturel porté à son paroxysme à la Renaissance.

St Léonard en pierre – France – XIVe siècle

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