Cette très belle sculpture en bois de chêne représente une Sainte Anne trinitaire , une image de dévotion qui associe la grand-mère Anne, la Mère Marie et l’Enfant Jésus. Ce motif se développe dans le cadre du culte rendu à sainte Anne, mère de la Vierge, qui se répand au XIIIe siècle. Absente des textes canoniques bibliques, la figure et l’histoire de cette sainte proviennent du récit apocryphe grec du Protévangile de Jacques, puis de son adaptation latine l’Evangile du Pseudo-Matthieu. C’est toutefois grâce à la propagation de la Légende dorée par Jacques de Voragine que cette image s’installe dans la culture populaire.
Comme le veut la tradition, l’oeuvre adopte un caractère antinaturaliste du fait de la figure de Marie, représentée à un âge presque identique à celui de sa mère, mais miniaturisée par rapport au reste de la composition. De cette manière, l’artiste fait le choix de signifier la dépendance physique et la subordination de Marie et Jésus envers Anne. Le thème de la Sainte Anne trinitaire est en effet un moyen de rappeler l’incarnation divine au moyen de l’établissement de la lignée noble et la descendance divine de Marie. Sainte Anne est vénérée comme une sainte car la naissance de la Vierge découlerait d’un miracle. Réalisée au XVI e siècle, notre sculpture s’inscrit dans la période de l’apogée du culte de sainte Anne, au moment de la controverse autour de l’Immaculée Conception. Alors que dans la plupart des foyers le thème connaît un véritable reflux, il va embrasser un véritable essor en Europe du Nord servant de justification à la Conception virginale de Marie.
Figurée en majesté sur un trône, Anne manifeste ici une certaine domination protectrice renforcée par ses vêtements aux plis strictes qui marquent son âge avancé et son statut de femme mariée. Sa chevelure est couverte d’un voile, sans doute pour signifier son costume de béguine. 
L’ensemble vient être adouci par le geste tendre de Marie envers son fils, aux cheveux ondulés et légèrement dénoués selon les conventions médiévales. Elle est vêtue d’une longue robe, similaire à celle de sa mère, qui renvoie à son humilité. L’Enfant est quant à lui représenté nu afin d’indiquer sa nature humaine. Il tend ses bras en direction de la Vierge, symbole de ce qui sépare le Fils de la Mère, soit du futur destin tragique de l’un et le devoir pour l’autre d’offrir son fils au monde.
L’ensemble a été taillé dans un bois de chêne probablement par un sculpteur flamand comme suggèrent les traits du visage de la sainte Anne. Les ondulations des cheveux ainsi que le corps du bambin aux formes rondelettes laissent toutefois imaginer que l’artiste a séjourné en Italie. Certaines parties sont ajourées, notamment au niveau du trône.
Les sculptures représentant Sainte Anne trinitaire étaient présentes dans l’espace domestique sous forme d’objets de dévotion personnelle et ornaient le mur extérieur d’une maison.
Il était également possible de les retrouver dans les églises, flanquées au panneau de retables. Ces statues, souvent de taille moyenne et polychromes, représentent une vision symbolique de l’épisode qui permettent de défendre par logique visuelle implacable l’Incarnation de Dieu, l’Immaculée Conception et la sainteté d’Anne. Cette composition exprime le rôle dominant d’Anne et la lignée féminine dans la généalogie de Jésus tout en proposant une démonstration théologique visuelle d’une conception miraculeuse sur deux générations.

Sainte Anne trinitaire en bois de chêne – Flandres – fin XVIe siècle

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