Ce superbe Saint Jean en tilleul est caractéristique de la production artistique de la Bavière de la fin du XVe, début XVIe. Il a des yeux en amandes, des petites lèvres pincées, un nez recourbé, des cheveux épais et bouclés. Il porte un habit traditionnel pour les hommes du XVIe siècle, serré à la taille par une ceinture et recouvert d’un large manteau, dont les plis et le drapé offrent à la pièce un réalisme saisissant. Le saint est debout, pieds nus, avec la tête légèrement tournée vers sa droite, il essuie ses larmes avec un bout de son manteau de la main droite et lève sa main gauche en réaction à la scène qu’il observe. En effet, la posture de Saint Jean nous indique qu’il faisait partie d’un ensemble plus large, réalisé pour un retable d’autel : une scène de crucifixion du Christ. Selon la tradition, Jean « le disciple que Jésus aimait » est présent au pied de la croix à la mort du Christ, en compagnie de Marie. Toujours à la gauche du Christ, La Vierge et Jean, sur la droite, pleurent et se lamentent ensemble. L’attitude de notre Saint Jean exprime une vive émotion et une profonde douleur mais dégage également une grande piété.
Cette oeuvre est à rapprocher du travail du sculpteur allemand Daniel Mauch (1477-1540). Artiste attesté à partir de 1508 dans la ville de Ulm (Bade-Wurtemberg) où il dirigea un atelier spécialisé dans les retables sculptés en bois, il est connu pour avoir travaillé les dix dernières années de sa vie en région wallonne. Avec la Réforme protestante qui gagne du terrain dans l’Empire Germanique, la demande en images religieuses s’effondre, lui faisant ainsi perdre une partie de sa clientèle. Fidèle à la foi catholique, il quitte avec sa famille la ville de Ulm lorsque celle-ci se déclare protestante. Il s’installe à Liège où il va travailler jusqu’à la fin de sa vie et laisser une empreinte forte sur la scène artistique de la région. Le rapprochement de notre pièce avec cet artiste est renforcé par une autre oeuvre attribuée à Mauch : un Saint Sébastien en bois de tilleul, conservé au Petit Palais, datant des premières décennies du XVIe siècle. Le travail de la chevelure, les plis du vêtement, les pieds nus sur une base d’herbe, et le visage digne mais rempli d’émotions sont des éléments qui confirment notre rapprochement.
La qualité du bois, les traces de polychromie et de dorure ; ajouté à la grande finesse du ciselage de cette sculpture, nous offre une représentation du saint des plus touchante et élégante.

Saint Jean au Calvaire – Bois – Allemagne – Circa 1500

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