Imposant panneau en bois sculpté, doré et peint, montrant une Descente de Croix dans sa composition principale, ainsi qu’une Mise au Tombeau dans un panneau inférieur. L’oeuvre, datée du milieu du XVIe siècle, est une production hispano-flamande.
La composition principale s’organise dans un cadre en bois doré, imitant la structure architecturale d’un édicule. Le fronton est décoré par un fleuron central encadré par des éléments géométriques.
En dessous, les métopes alternent des formes rectangulaires décorées par des losanges et des palmettes. Des appliques ajourées sont visibles tout autour du cadre et se déploient le long de colonnes abritant de fins visages peints ainsi que des éléments végétaux.
L’intérieur du cadre est doublé, sur trois côtés, par une bande noire chantournée et repercée, révélant des inscriptions aux lettres d’or. On lit : VT TOLERET CORPVS JESU / ROGAVIT PILATVM / JOSEPH ABA RIMATIA. On peut traduire l’inscription par « Porter le corps de Jésus / a demandé à Pilate / Joseph d’Arimathie ». L’inscription évoque un passage de la Bible narré dans les quatre Évangiles. Dans l’Évangile selon Marc : « Le soir étant déjà venu, comme c’était Préparation, c’est à-dire veille du sabbat, vint Joseph d’Arimathie, membre honoré du grand conseil, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. Il alla hardiment auprès de Pilate pour demander le corps de Jésus. » (Marc 15)
Le panneau central représente une Descente de Croix. Le corps du Christ est alors détaché de la croix, surmontée par les inscriptions I.N.R.I initiales des mots latins Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum (« Jésus le Nazaréen roi des Juifs »). Jésus, mort et dont les stigmates, visibles, laissent couler un peu de sang, est soutenu par trois figures masculines dont deux sont placées en hauteur, sur des échelles.
La première, située en haut à la droite du Christ, est un homme barbu, dont le corps se contorsionne pour passer au-dessus d’un bras de la croix. Identifié à Joseph d’Arimathie, il est placé en équilibre sur l’échelle, tandis qu’il attrape le poignet de Jésus. La seconde figure est située en haut à la gauche du Christ, il s’agit d’un homme imberbe, pieds nus sur une échelle, portant un turban, et soutenant le dos et le bras de Jésus. Ce dernier est identifié à Nicodème. Enfin la troisième figure est un homme barbu, semblable au premier, tentant de rattraper le corps du Christ et de le couvrir par un tissu, possiblement Joseph. Les deux échelles sont placées de façon à créer un triangle dans lequel la majorité des personnages s’inscrivent.
Le bas de la composition montre cinq figures, recourbées ou agenouillées. On retrouve, au centre, la Vierge. À sa gauche, un homme aux cheveux longs, une main posée sur son épaule, il s’agit de Saint-Jean. À sa droite une femme sans voile, Marie-Madeleine, lui tenant la main, le visage levé vers le ciel et effectuant un signe d’imploration. Les deux autres personnages, deux saintes priant, sont situés à droite, leurs têtes, baissées, se détournent du corps du Christ.
Une grande tristesse s’échappe de la composition, soulignée par les expressions de tourmente, de peine et de deuil des visages des personnages. Une grande minutie est apportée aux visages des figures, dont les tons pâles de la chair sont rehaussés par des lèvres et des joues rosies.
Chacune des figures, à l’exception du Christ, est habillée par de longs vêtements blancs soulignés par des traits dorés, et dont les plis donnent une impression de pesanteur.
L’arrière-plan peint de la composition est constitué par un ciel gris, nuageux, qui laisse place à des tons rouges/rosés vifs, suggérant le coucher du soleil, montrant ainsi le crépuscule de la vie du Christ. Des montagnes sont visibles au loin ainsi que les bâtiments d’une ville. Les deux échelles inscrites dans un triangle permettent de dater la composition au milieu du XVIe siècle.
À la base du cadre, dans une réserve, se déploie une scène peinte montrant la Mise au Tombeau, effectuant ainsi une continuité narrative avec la scène du dessus. La mise au tombeau fait intervenir les personnages de Nicodème et de Joseph d’Arimathie, plaçant le corps du Christ sur un lit. La scène est insérée dans un paysage rupestre avec au loin des éléments urbains suggérés. Les deux saints semblent être vêtus à la mode contemporaine.
L’oeuvre montre plusieurs caractéristiques qui la place dans le mouvement hispano-flamand, désignant la production artistique espagnole influencée par des maîtres flamands qui s’y établissent à partir du XVe siècle.
On peut rapprocher stylistiquement cette composition d’une huile sur toile de Pieter de Kempeneer (dit Pedra de Campaña), datée de 1537-1538, aujourd’hui conservée au Musée Fabre à Montpellier. Plusieurs correspondances avec le panneau en bois sautent aux yeux : le placement des deux échelles formant un triangle où se déroule la composition avec au centre le corps du Christ, le nombre de figures, leurs emplacements dans la composition, l’arrière-plan rupestre accompagné par le début d’une ville, et enfin les expressions de peine non retenue des personnages. Pieter de Kempeneer, par ailleurs, incarne la figure de l’artiste hispano-flamand, puisqu’il s’agit d’un peintre bruxellois qui a résidé pendant 25 ans en Espagne, aux alentours de 1537.
Ce panneau en bois constitue une oeuvre majestueuse du XVIe siècle espagnol, et un témoignage important de l’art de cette époque, démontrant un savoir-faire brillant alliant à la fois sculpture, dorure, peinture et scénographie.

Descente de Croix – Hispano-Flamand – XVIe siècle

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