Cet important buste en marbre représente un Jules César divinisé. Ce type de figure baroque est un remarquable exemple de la volonté des artistes vénitiens de prendre le contre-pied de la tendance générale de la fin de la Renaissance qui tendait à exacerber la perfection. Dans ce buste, c’est l’expression qui prime. César est certes représenté avec un visage aux traits puissants surmonté d’une couronne de laurier, symbole de son triomphe et de sa grandeur. Pourtant, les caractéristiques qui dominent la représentation de l’imperator, déjà mûr, sont sa sagesse et sa gloire immortelle. L’artiste met un point d’honneur à étudier la physionomie de son glorieux modèle. Toute autant qu’une pièce artistique de grande qualité, il est possible de reconnaître dans cette oeuvre une étude psychologique tendant à retranscrire la personnalité de César.

Une grande puissance se dégage de ce portait divinisé, le mouvement est dynamique et énergique. L’exécution du sculpteur est raffinée et fortement détaillée, notamment pour la représentation de la cuirasse, remarquablement travaillée, et la toge drapée aux plis profonds ainsi que pour l’ensemble des traits de son visage. En effet, ses joues sont creusées, soulignant des pommettes saillantes et son front est soigneusement ridé. De plus, son cou possède des veines, qui augmentent le sentiment de tension profonde également exprimé par sa mâchoire massive. Il s’agit d’une pièce de grande qualité qui peut être rapprochée des oeuvres de Orazio Marinali. Artiste du baroque vénitien majeur de la fin du XVIème et début du XVIIème siècle, il fut formé par le flamand, actif à Venise dès 1657, Giusto Le Court (également connu sous le nom de Josse le Court).

Allégorie de l’hiver, Orazio Marinali (cercle de)

Allégorie della Poesia Epica, Orazio Marinali.

Sous le règne de Frédéric II Gonzague, le palais ducal de Mantoue abrite de nombreuses divinités païennes, des héros et des empereurs romains. Ces représentations témoignent d’un intérêt pour les mythes, les oeuvres et les hommes illustres, qui pour le XVIe siècle constituent des modèles éthiques. Au sein du gambinetto, pièce située dans l’appartement di Troia, Fréderic II commande à Titien en 1536, onze portraits d’empereurs. Accompagné par l’atelier de Guilio Romano, la réalisation des décors débute en juillet 1536 et se termine en janvier 1540. Aujourd’hui, il ne reste que les cadres et les niches en stuc ainsi que des copies des portraits d’empereurs de Bernardino Campi, les originaux ayant disparus en Espagne dans l’incendie d’Alcazar en 1734.

Dans cette représentation a mi corps de Jules César couronné de laurier, Titien prend modèle sur des bustes et des marbres antiques. Le visage aux traits marqués ainsi que le corps saillants et imposants s’apparentent aux caractéristiques de notre buste en marbre.

Aegidius Sadeler II (d’après Titien), Jules César, ca. 1585-1629 (1536-1540), gravure,
34,7 x 21,8 cm. Londres, British Museum. [© Trustees of the British Museum]

Buste de César en marbre – Baroque Vénitien -XVIIe siècle

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